Restitution au musée de la Tapisserie

MUSEE DE LA TAPISSERIE - RESTITUTION (15)Un temps fort a rassemblé au musée Jean Lurçat, les lycéens qui ont rencontré Néhémy. Violaine Bougère, médiatrice et responsable de l’évènementiel des musées d’Angers, a accueilli les lycéens dans ce lieu emblématique. Elle a donné sens à cette rencontre en évoquant le processus de transmission qui s’y déclinait. A l’image de de Jean Lurçat qui a réalisé une version moderne de la Tapisserie de l’Apocalypse avec son Chant du monde et de Claire Morgan qui en a fait une version du XXIème siècle avec  « Plenty more fish in the sea », les lycéens ont témoigné de leur rencontre avec l’œuvre de Néhémy Pierre-Dahomey à travers des productions écrites.

Autoportrait, suite du roman, correspondance, abécédaire… autant d’entrées plurielles qui ont montré que les lycéens s’étaient appropriés l’univers de l’auteur. Une lecture en public et dans un lieu impressionnant au cours de laquelle les lycéens ont joué le jeu de l’échange et de la sincérité.

MUSEE DE LA TAPISSERIE - RESTITUTION (9)

 

Au terme des lectures, Néhémy Pierre-Dahomey s’est dit touché par la prestation des jeunes et par la qualité de leurs écrits. L’auteur s’est exprimé en réaffirmant la valeur sociale de la littérature, vecteur de partage.  Un temps fort avec les lycéens lui en a apporté une nouvelle fois la preuve. Néhémy a rappelé qu’avant d’être auteur, il a été un jeune lecteur émerveillé. Pour lui l’auteur initie le premier mouvement en écrivant mais il appartient ensuite à chaque lecteur de recevoir cet écrit et de s’en émerveiller à sa manière.

 

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Mardi 7 novembre…

 

Rencontre au lycée Saint Martin 02 (5)Rencontre au lycée Saint Martin 02 (9)Rencontre au lycée Saint Martin 02 (12)Rencontre au lycée Saint Martin 02 (16)Aujourd’hui, Néhémy Pierre-Dahomey rencontre pour la deuxième fois une classe du Lycée St Martin. Cet établissement du centre-ville est l’un des partenaires de la résidence d’écriture de cette année.

Ce sont des élèves de 1ère S qui arrivent au Centre de Documentation et d’Information après avoir planché sur un devoir de maths. Eva Quéméner, la documentaliste et Annick Clisson, leur prof de français, les accueillent. Elles ont préparé ce temps de rencontre avec eux. Certains ont lu le livre Rapatriés en entier. Tous ont lu des extraits et ont préparé des questions pour l’auteur.

La séance commence par la lecture à haute voix d’un extrait choisi du roman par Clara, l’une des élèves. Néhémy salue la prestation, explique ce qu’est une résidence d’écriture, puis se présente.

« Je suis un lecteur qui écrit », voilà comme aime à se définir Néhémy Pierre-Dahomey. C’est seulement depuis son adolescence que Néhémy s’est mis à dévorer les livres et en particulier la littérature. Les livres pour les enfants, ce qu’on appelle la littérature de jeunesse, ne l’ont pas intéressé. En revanche, il a tout de suite aimé la littérature pour sa langue et sa verve ! Il raconte des moments de lecture tellement jouissifs et excitants qu’il les compare « à un but dans un match hyper tendu » !

En amoureux de la lecture, Néhémy plaide sa cause auprès des jeunes avec des mots qui font mouche :

« La littérature peut vous être utile, j’en suis convaincu. […] Cela introduit à la complexité sentimentale, à la complexité des problèmes sociaux, des problèmes historiques et cela constitue des armes personnelles pour vivre les évènements qui arriveront. »

Les élèves veulent savoir si les personnages du roman Rapatriés ont vraiment existé. Néhémy Pierre-Dahomey explique qu’il a réalisé une composition, une mise en fiction en s’inspirant de la vie, de la réalité qui l’entoure. C’est le cas de la majorité des romans, ils s’appuient sur des éléments du vécu, même les romans fantastiques. Néhémy insiste sur le fait que son roman n’est ni un biopic, ni de l’autofiction.

A travers les questions des élèves, l’auteur a ensuite évoqué les personnages de son roman. Belliqueuse est celui qui prend le plus de place. L’auteur évoque son intérêt pour les prénoms et les noms qui ne sont pas laissés au hasard. Belliqueuse laisse présager un caractère tumultueux. Son diminutif Belli, beaucoup utilisé dans le roman, laisse entrevoir une jolie femme. L’auteur avoue se laisser emporter par ses personnages, A titre d’exemple, l’une des filles de Belliqueuse, Luciole part pour le Canada et n’apparaît plus dans le roman, ce qui n’a pas manqué d’étonner l’un des lycéens.

Une scène en particulier du roman Rapatriés marque beaucoup ses lecteurs et les lycéens n’y ont pas échappé : dix ans en arrière, lors d’une traversée avortée pour immigrer clandestinement vers les Etats-Unis, Belliqueuse perd un jeune fils encore bébé qu’elle abandonne à l’océan. Cette scène a fait l’objet d’un débat entre les élèves et leurs professeurs : que s’est-il réellement passé ? Néhémy confie qu’il est surprit que les lecteurs prennent cette scène pour argent comptant alors qu’en tant qu’auteur, il a voulu inscrire ce passage dans une dimension onirique forte. Cette tentative tragique de traversée est un moment de périls et de souffrances. Des années plus tard, Belli n’est plus sûre de ses souvenirs, elle est dans le flou. Elle vit dans la honte et la culpabilité, ce qui la rend folle.

Un lycéen s’interroge sur la volonté de l’auteur de dénoncer ce qui se passe en Haïti. Néhémy Pierre-Dahomey le détrompe :

« J’écris déjà de la poésie, j’ai écrit cette histoire par plaisir et loisir, en dilettante […] C’est une œuvre littéraire mais je n’ai pas fait l’aveugle ou le sourd à ce qui m’entoure en Haïti. » L’auteur revendique un regard lucide sur les personnages sans tomber dans la satire sociale. Néhémy Pierre-Dahomey en vient ensuite à parler d’identité en lien avec une question d’un lycéen sur le personnage de Béliale, une autre fille de Belliqueuse, qui exprime à un moment sa honte d’être noire.

« Béliale a honte d’être noire parce qu’à son âge, on a honte de ce qu’on est ! […] La honte de Béliale n’est pas propre à une catégorie de la population mais cela peut rajouter une couche dans le sens où elle se sent différente (une noire parmi des blancs) et donc plus facilement vulnérable. » La vulnérabilité est une sensation ressentie peut être avec plus de force à l’adolescence. Les lycéens se sont montrés particulièrement attentifs à l’écoute de ces propos qui sortent des sentiers battus.

« Quand on est ado, on n’a des crises d’identité, on se questionne sur ce qu’on est, on a honte de ce qu’on est ou de ses parents. […] A mesure qu’on vieillit on apprend à négocier avec la honte. »

Pour Néhémy Pierre-Dahomey, la honte est un moteur à part entière qui nous anime, et notamment certains auteurs qu’elle incite à écrire pour dénoncer.

Pour finir, les lycéens ont voulu savoir ce que l’écriture du roman à apporter à son auteur. Néhémy pense que sur le plan littéraire, on apprend beaucoup en corrigeant un livre, plus encore qu’en écrivant. L’écriture de Rapatrié à débuter en 2011 lors d’une résidence et c’est seulement en 2016 que son texte, après corrections, a été accepté par les éditions du Seuil. Néhémy est très fier que cet éditeur qu’il affectionne particulièrement lui ait laissé sa chance. D’autres se sont montrés indifférents ou particulièrement sévères avec lui.

Pour Néhémy, publier un livre permet de restructurer, de recadrer : « dans mon cas, j’ai même identifié mes accents dans la langue, c’est à dire ce que peut être ma langue littéraire. […] Cela apporte des rencontres avec les journalistes, les publics et cela apporte beaucoup de réflexion sur soi-même, sur ce qu’on veut vraiment faire »

La rencontre avec ses échanges sur la littérature s’achève sur ces mots, lancés avec espièglerie par l’auteur à ces élèves amateurs de vecteurs et d’équations : « J’espère que cela vous prendra de lire un livre en dilettante » !

Article rédigé par Stéphanie

Résidence d’écriture 2017

Du 1er octobre au 30 novembre, le romancier Néhémy Pierre-Dahomey sera en résidence d’écriture à Angers. Tout en poursuivant son travail personnel, il invitera les Angevins à des rencontres, ateliers d’écriture, lectures.

Pour l’écrivain comme pour les Angevins, la résidence est l’occasion d’une découverte culturelle et d’un rendez-vous privilégié.

« Échanger avec le lecteur fait partie de mon travail : le sens social de la littérature étant de faire monde commun, monde spirituel, intellectuel et sensuel, telle une messe laïque… Je vais aussi traiter d’Apocalypse. Un tel sujet est toujours le début de quelque chose, contrairement à ce qu’indique son nom. »